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Fiche d’identité
Architecte : Nicolas Blondeel
Constructeur : W. De Roeck (gros œuvre), R. De Wever (boiseries)
Année de construction : 1998
Méthode de construction : maçonnerie traditionnelle et ossature en bois
Superficie du terrain : 831 m2
Surface habitable : 190 m2
Budget : non communiqué
Tant pour l’architecte que pour les futurs habitants, les choses étaient parfaitement entendues dès l’entame du projet : les arbres devaient continuer à former un élément essentiel de l’environnement de vie. Un très beau projet, mais semé d’embuches. Pour commencer, les propriétaires ont dû introduire une demande de modification de lotissement auprès de la commune. Grâce à cette adaptation, l’architecte a pu bâtir la maison plus en retrait par rapport au front de rue, au milieu des arbres. Du côté droit, les propriétaires ont fait enlever quatre exemplaires, à l’endroit destiné à accueillir une annexe en bois. C’est également le seul endroit où ils ont pu prévoir une cave : le réseau de racines des autres arbres rendait le creusement d’une cave impossible ailleurs sur le terrain. « L’idéal aurait été de réaliser cette annexe avec le bois des arbres abattus sur le terrain », explique Nicolas Blondeel. « Pour des raisons pratiques, nous avons dû renoncer à l’idée. Il faut en effet beaucoup de temps avant qu’une telle masse de bois ne devienne suffisamment sèche pour servir de matériau de construction. »
Ce qui attire le regard de prime abord dans cette maison, c’est sa toiture ondulante, un incroyable tour de force en bois qui relie deux éléments de maçonnerie indépendants. La partie cuisine à l’avant et le coin salon à l’arrière sont tous deux faits de brique mais aucun élément de pierre ne les relie entre eux. Le passage se compose d’une construction de verre, de l’annexe de bois et du toit ondulant. « Comme un hamac suspendu entre deux arbres », sourit l’architecte. « Dormir sous un toit recourbé vous procure une sensation très particulière. Les propriétaires avaient vu cette structure dans un autre de mes projets et ont directement été enchantés par l’idée. Au départ, ils n’avaient pas l’intention de bâtir une toiture particulière, ils voulaient simplement créer cette sensation unique, comme s’ils avaient une coquille au-dessus de la tête. »
Que ce soit en hauteur ou sur son axe horizontal, cette habitation dégage une incroyable impression d’espace. Les propriétaires ont délibérément choisi de placer un minimum de portes et, lorsqu’elles existent, elles restent la plupart du temps ouvertes – exception faite de la plus petite chambre. Herman, Inge et leur fils Siebe apprécient énormément cette sensation d’ouverture. Le bureau situé à l’étage, dans le vide, en est une excellente illustration. « Bien que l’on soit visuellement coupé de l’étage inférieur, on y garde malgré tout un contact acoustique. On entend parfaitement tout ce qui s’y passe », explique Nicolas Blondeel. « Dans la chambre à coucher des parents, c’est l’option inverse qui a été privilégiée. Les trois fenêtres leur permettent d’observer le rez-de-chaussée, mais aucun bruit ne filtre. » L’architecte est lui-même un fervent adepte de cette ‘sensation loft’, même s’il estime que chaque pièce doit conserver un caractère propre. « J’appelle ça des émotions de lieu », sourit l’architecte. « C’est mon expression favorite. Je pense que chaque endroit doit susciter une émotion qui lui est propre, et que l’on crée en jouant sur les matériaux et la hauteur de plafond. » La maison d’Inge et Herman n’échappe bien entendu pas à la règle. Le mobilier en inox qui orne la cuisine en délimite très clairement le territoire, tandis qu’un peu plus loin, le plafond légèrement surbaissé indique que l’on s’apprête à pénétrer dans le salon. Seule constante sur tout le rez-de-chaussée : les sols en pierre de schiste, un matériau plus adapté aux applications de plein air, mais que l’architecte défend une fois de plus par une explication d’ordre philosophique. « Je voulais redonner vie au sentier de pierre qui serpentait entre les arbres par le passé. Avec une cuisine sur pied, un foyer flottant et un minimum d’armoires posées sur le sol, les pierres peuvent librement prendre possession de l’ensemble du rez-de-chaussée. »
À l’étage inférieur, la seule séparation visible est formée d’une paroi de verre strié qui marque la limite entre la salle à manger et l’escalier qui mène à la cave et à l’étage supérieur. « Avec cette séparation, nous avons pu répondre à différentes interrogations. Pour commencer, personne n’aime voir un escalier partir de sa salle à manger vers la cave et il nous fallait donc une séparation claire. Ensuite, il fallait également isoler la salle à manger de l’escalier qui mène à l’étage afin que cette salle à manger devienne une pièce à part entière, et pas uniquement une sorte de corridor. Enfin, il nous fallait une rampe pour l’escalier, une balustrade pour le vide et une paroi de douche. Nous avons finalement résolu tous ces problèmes en installant une paroi vitrée se prolongeant sur les deux étages. »
« Bien entendu, l’escalier se situe toujours ‘physiquement’ dans la salle à manger, mais cela ne se voit plus. Et ça, ça fait une grande différence », assure l’architecte. Ce dernier a utilisé le même verre pour concevoir la porte pivotante qui sépare le vestibule du reste de l’habitation. En fonction de leurs envies, les propriétaires peuvent laisser la porte fermée, ou parallèle à la paroi de séparation de l’escalier. « Bien entendu, nous avons pris l’habitude de la fermer en hiver, pour des raisons d’isolation », explique Herman. « L’un dans l’autre, cette maison bénéficie d’une très bonne régulation thermique, et les arbres n’y sont certainement pas étrangers. En hiver, les arbres sont nus et laissent passer plus de soleil. Par contre, leur feuillage nous assure une protection naturelle contre le soleil pendant les mois d’été. » Les arbres sont toujours visibles depuis la maison, quelle que soit la pièce où l’on se trouve. Les fenêtres et les portes vitrées ont été conçues et placées de manière à ne pas entraver la vue sur les châtaigniers et les tilleuls.
Aussi ouverte et accessible que soit cette habitation moderne, quiconque souhaite pénétrer dans l’espace le plus privé – la chambre d’amis – doit le mériter. Pour atteindre la chambre à l’étage supérieur, il faut emprunter un escalier dit ‘à pas japonais’ (ou à ‘pas décalés’). « En réalité, ce n’est rien d’autre qu’une planche inclinée sur laquelle des demi-cubes coupés en diagonale ont été fixés », explique l’architecte avant de se lancer dans une démonstration. « Il suffit de ne pas y penser et d’imaginer que l’on monte un escalier tout ce qu’il y a de plus ordinaire. » La montée donne l’impression de grimper jusqu’à la cime d’un arbre. À bien y réfléchir, telle était probablement l’intention des propriétaires.
Matériaux & techniques
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